J’ai entendu une fois Églantine sur une vidéo…
J’ai été frappée par la profondeur de ce qu’elle disait…
J’ai tout de suite « senti » à quel point elle était connectée au monde 
que j’affectionne particulièrement…
Celui de la sensation et du senti… Lui demander son témoignage est alors devenu une évidence…

Pour commencer, j’ai envie d’exprimer le plaisir que j’ai à poser des mots ici. Je suis heureuse de rejoindre Caroline dans son projet de faire parler le corps… Il y a des requêtes, telles que celle-ci ; écrire un article pour « Au Nom du Corps », en raison de la personne qui les énonce, de l’espace où elles se déploient, qui sont chargées de sens et vous emmène loin… loin en vous-même.

Au moment où j’écris ces lignes, je suis dans un café, au milieu de l’après-midi, trois femmes seules sont assises aux tables alentour, chacune d’elle a une bière en face d’elle. Cela me rappelle ce temps où je buvais de la bière, moi aussi. Et, je ne sais pas si c’est le cas pour ces femmes, mais à l’époque, c’était une façon pour moi de m’insensibiliser… de ne pas sentir…

L’alcool générait en moi un enchaînement de sensations, agréables puis désagréables, que je pensais maîtriser, car elles étaient à priori connues et relativement uniformes. Cela m’éloignait de ces sensations fluctuantes, déroutantes, de mon corps blessé par sa propre carapace intérieure. C’est ce que me fit découvrir Darpan, dont j’ai dévoré les vidéos et le livre ; « L’aventure intérieure ». La conscience de ces mécanismes, de la façon dont je luttais contre ma propre sensation m’a beaucoup aidée, guidée.

En redécouvrant progressivement ma sensation, j’ai retrouvé des sensations d’enfance, et mon hypersensibilité…

Une femme avec un parfum entêtant vient de s’assoir à la table près de la mienne… J’hésite à partir… En redécouvrant progressivement ma sensation, j’ai retrouvé des sensations d’enfance, et mon hypersensibilité… Aussi nombreux sommes-nous à être hypersensibles, l’idée persiste, encore, qu’il s’agit d’une difficulté à gérer plutôt que d’un talent. Je suis persuadée du contraire, mais des fois, j’avoue, ce n’est pas simple…

Mon nez s’habitue à l’ambiance olfactive du parfum de la femme, mais j’ai l’impression que les odeurs du lieu se sont effacées… Pour oublier cette odeur qui me dérangeait, j’ai coupé mon odorat. Heureusement que mon corps sait se fermer aux sensations, mais il m’a été difficile de savoir quand le faire et de ne pas me fermer à moi-même sous prétexte d’une agression extérieure… Je vis en centre-ville. La nuit, dehors, il se passe beaucoup de choses… des bagarres des cris, la violence de rue. Chaque son, même lointain et à priori imperceptible pour qui dort, me réveille.

À cette époque, je dors peu et j’ai développé un eczéma, qui me rend régulièrement sourde, à l’oreille qui se trouve du côté de la fenêtre de ma chambre, d’où on entend les cris… À l’inverse, lorsque je suis en rendez-vous, je perçois chaque émotion, chaque mouvement interne du corps de la personne que j’accompagne, et son lien avec l’environnement. Lors des ateliers collectifs, j’entends au-delà du silence. Des personnes me disent, à la fin d’un voyage imaginaire guidé, que je verbalise ce qui leur est passé en tête. Il est parfois délicieux de sentir cette union… Mais que faire de cette hypersensibilité, lorsque l’on vit dans un monde où règne la guerre, l’infamie, l’horreur…

Longtemps, j’ai contenu ma sensation, et finalement ma propre violence… Un beau jour d’été, guidée par mon amie Jeya, j’ai sorti ce cri énorme d’une hypersensible qui avait tout retenu jusque-là… J’ai ressenti à nouveau ce besoin de crier, lors d’un autre cercle avec des amies, en libérant mon désir contenu pour un homme. Et cette fois-ci, je suis allée au bout de ce cri, au bout de la rage, et le cri s’est alors transformé en un chant d’une puissance et pureté incroyable, qui sortait de ma bouche comme de nulle part. Mon corps venait de donner une réponse, que j’ai mis par la suite un peu de temps à intégrer et comprendre. J’ai tout d’abord été déroutée par la tonalité de ce chant, par cette pureté que je trouvais enfantine, lumineuse, non séduisante en cela. Où était le noir, le sexy selon moi ? Il y avait en moi cette opposition, entre noir est blanc, violence et douceur, saleté et pureté, qui perturbait ma sensation et surtout, mon expression.

Je suis donc allée visiter ce noir, j’ai plongé dans ma colère.

Je suis donc allée visiter ce noir, j’ai plongé dans ma colère. Merci à tous ceux qui m’ont incité à cela, ma sœur Capucine, et son compagnon, Thomas, notamment, qui m’ont poussée à aller au bout de ça, à laisser sortir tout le « mauvais » en moi, ce qui juge, critique, notamment, que je contenais, par peur de ne pas être spirituellement correcte… Ce fut une période de vie très difficile à vivre au niveau relationnel. Je suis entrée en conflit avec des personnes parmi les plus proches et les plus importantes pour moi. J’apprenais à me protéger, et j’étais maladroite dans l’expression de cette colère, j’étais sèche avec ceux que j’aime, parfois aphone sur ce qui me blessait, parfois ayant envie de rompre la relation ou un projet en cours, laissant alors aller cette colère sans contrôle. Je me suis positionnée, parfois violemment, parfois trop, en refusant de voir des personnes, pour un oui ou pour un nom, et j’ai créé un désert relationnel autour de moi. Ma fille m’a beaucoup accompagnée au cours de cette période, elle m’a appris à me protéger, en jetant des flux de glace, comme la reine des neiges, et à alterner avec le personnage d’Anna, plus douce et tendre. Elle a beaucoup ri, quand je faisais la mauvaise mère méchante avec elle. Nous avons ri en faisant les mauvaises filles, en nous bagarrant, en disant des bêtises sur les gens, en nous autorisant à faire des choses pas gentilles du tout, beaucoup de joie ressortait au final de ces moments… Comme les enfants sont proches de leur corps, c’est incroyable, ce sont de merveilleux guides…

En parallèle avec cela, ma situation économique s’est dégradée. Je ne parvenais plus à mettre de l’énergie ailleurs que dans ce qui me tenait vraiment à cœur. Faire le moindre acte pour une chose qui ne résonnait pas avec ma vérité du moment m’épuisait. À l’inverse, écrire ou créer pour les projets qui me ressemblaient intimement me régénérait… Je me suis donc lâchée, sans filets… dans ces projets-là. Je n’avais pas le choix en réalité, soit j’écoutais ma vérité, soit la violence se retournait contre moi ! Cette violence du monde, j’allais l’utiliser pour créer, et pour cela, je devais la vivre jusqu’au bout, c’est ce que cette rage transformée en chant m’avait fait sentir…

« Orgie vitale », car cette énergie de vie, ce désir, pour Louise en tous cas, et pour moi, ne peut s’exprimer que de façon illimitée.

Le plus important, pour moi, était d’arriver à faire vivre cette histoire, « Orgie vitale », que j’avais visualisée, lors d’un voyage très lointain au pays de l’imaginaire, retraçant mon propre parcours initiatique de manière symbolique, faisant la part belle à la nature, métaphore de l’énergie, des émotions et représentation réelle du mouvement. L’histoire est celle d’une femme, Louise, qui évolue en quatre lieux et y rencontre quatre hommes, quatre mouvements d’elle-même. Elle se termine par un dernier acte, dénouement, où Louise ressent la plénitude de l’union du féminin et masculin en elle. « Orgie vitale », car cette énergie de vie, ce désir, pour Louise en tous cas, et pour moi, ne peut s’exprimer que de façon illimitée. La rencontre de l’illimité et de la protection est l’un des aspects importants de cette histoire. Tout mon chemin a consisté à ôter ces limites intérieures, et j’ai découvert plus tard, avec la confrontation avec la violence du monde, ma violence, qu’il fallait en poser certaines, d’une certaine façon, dans le réel, dans l’extérieur.

Chaque fois que je laissais glisser ma main sur le papier pour écrire « Orgie vitale », les mots couraient, les métaphores affluaient, les doubles sens, voire triples, sens nourrissaient l’écriture, donnant une dimension et une profondeur à mes écrits qui me dépassait moi-même… Je mettais parfois plusieurs mois à comprendre et à ressentir, souvent vivre, mes propres textes ! L’écriture de cette histoire, qui me tenait à cœur, m’a beaucoup aidée, guidée. J’ai trouvé de nombreuses réponses à mes blocages dans ce que j’ai écrit.

« Souffle vital » aussi est né de la libération de cette énergie

« Souffle vital » aussi est né de la libération de cette énergie… Nella, une amie, et moi avions pris l’habitude de nous soutenir dans nos projets, dans nos vies… Nous nous voyions régulièrement pour jouer au tao et faire des points ensemble. Cela nous a tant nourries et aidées que nous avons eu envie de partager cela avec d’autres personnes. C’est ainsi que nous avons conçu « Souffle vital ».

Adeptes de l’écriture toutes les deux, nous avons créé ce webzine mensuel, inspiré de notre jeu du tao et des cercles de parole. Aujourd’hui, cette aventure s’ouvre à d’autres personnes encore, « Souffle vital » devient un collectif, et nous alimentons ensemble une chaîne YouTube, où nous offrons ce qui nous a aidés nous-mêmes à nous retrouver et réaliser. Notre souhait est de vivre et transmettre l’énergie du cercle de parole, où chacun et chacune peut s’exprimer dans sa vérité. Si « Orgie vitale » est mon parcours personnel, et je le vois depuis que je le fais lire, il fait écho à de nombreuses autres personnes, hommes ou femmes, car les chemins se croisent et se nourrissent les uns, les autres, et « Souffle vital » est l’expression du collectif, chacun y dépose son propre élan, son propre chemin, pour le partager.

Revenir à la réalité, vraiment, sans aucune dimension virtuelle a été alors pour moi l’occasion de découvrir, et de sentir dans chaque cellule de mon corps qu’il n’y demeure que l’amour…

J’ai écrit la fin d’« Orgie vitale » il y a peu… et mon corps l’a intégrée il y a peu aussi… ce fut douloureux, très, physiquement même… Mais j’ai appris et surtout senti quelque chose d’incroyable du dénouement de cette histoire… La violence est nourrie de mes fantasmes, eux-mêmes nourris de mes propres blessures du passé. Il me fallait dépasser mon sentiment de rejet, profond, et accepter cela « le monde a besoin de moi »… Revenir à la réalité, vraiment, sans aucune dimension virtuelle a été alors pour moi l’occasion de découvrir, et de sentir dans chaque cellule de mon corps qu’il n’y demeure que l’amour…

Aujourd’hui, j’ai le bonheur de pouvoir la faire vivre… cette histoire, entre méditation guidée et opéra, que je nomme « fantaisie réaliste », « Orgie vitale », destinée à être mise en mouvement, improvisée d’après le texte, au gré des rencontres et des lieux. La première représentation a lieu le 9 février, « Orgie vitale » va être récitée, dansée, chantée, jouée, mise en photos et exposée par mes proches… que j’ai donc retrouvés… c’est un grand bonheur et accomplissement pour moi, et je suis très heureuse de partager cela avec vous…

Que vos élans les plus proches de votre véritable nature deviennent réels,

Tendrement,

Eglantine Brémond Sowilen

Site Internet : www.ensens.net
Page Facebook : Sowilen 
La fantaisie réaliste : www.orgie-vitale.com
Le webzine collectif : www.souffle-vital.com
La chaine YouTube : Ensens

Photographies : Muriel Despiau